Le PSG est définitivement redevenu l’équipe à abattre, pour le plus grand bonheur de tous ceux qui couvrent les péripéties du championnat de France.
Le grand froid est arrivé. C’est l’époque des grippes et des cache-nez, des gorges desséchées, des humeurs maussades et des ronchonnements indignés, comme lorsque des morceaux de réalité sportive viennent perturber la somnolence pleine de rêves étoilés du détenteur de carte de presse-supporter, jamais très éloigné de la tentation de troquer son costume un peu défraîchi de simple commentateur de match de L1 contre la parure scintillante de romancier du sport revisitant en direct le mythe de David contre Goliath.
Du commentateur au ménestrel
Pourfendeur de méchants, redresseur de torts, il est une chose à laquelle notre héros, en fine fleur de la formation journalistique nationale, est très sensible, c’est l’injustice. Or l’injustice, de nos jours, porte un nom : c’est le PSG, avec son arrogance, ses stars clinquantes, ses miyons et ses projets pharaoniques. Tant de bonnes choses pour un club aussi détestable, c'est injuste. D’une banale rencontre de L1, chaque affrontement contre Paris devient alors l’acte d’une pièce homérique où se réincarnent l’espace d’une heure et demie les légions du bien et du mal. Ses petits poings serrés, notre écrivain-reporter de guerre s’émeut et enrage devant l’impuissance héroïque de l'équipe sans moyens, celle des vrais gens authentiques où on n’est pas corrompu par le fric. Sous sa plume enflammée, c’est le Germinal de Zola revisité, le millionnaire à cuiller en argent contre le serf au dos courbé par le labour, condamné à marquer un but improbable afin d'offrir à son équipe assez de charbon pour maintenir en vie la flamme tremblotante du poêle jusqu'à la semaine suivante!
La L1 a désormais une cause, c’est dit. Même Jean-Michel Aulas s’en est fait le porte-étendard, mais si vous savez, le même qui a confisqué le championnat pendant la décennie précédente, désormais reconverti outsider de choc en guerre contre les monopoles abusifs. Le leitmotiv, c’est tous unis contre le PSG. Sportivement s’entend, bande de mauvaises langues. Il s’agit d’une compétition uniquement sportive, avec des instances sportives, des arbitrages sportifs, des journalistes sportifs qui créent un contexte sportif dans un esprit sportif. Et boutons les discriminations hors des stades, et place au respect et aux joueurs qui tiennent la main aux enfants qui donnent des coups d’envoi fictifs avant de respecter la minute de silence réglementaire dont le motif change chaque week-end. Tout ce respect, ça te me vous gonfle la poitrine du commentateur-héros du fol espoir que peut-être, l’implacable logique des chiffres qui veut la victoire de la capitale s’effacera cette fois devant la beauté glorieuse du Rêve et de l’Utopie, dont on a pour un soir paré l’adversaire.
Un tour dans l’épopée
Plongez dedans, et imaginez. Les conditions sont difficiles, les éléments eux-mêmes s’en sont mêlés pour offrir à la scène une dimension théâtrale. La petite équipe d’Evian Thonon-Gaillard résiste courageusement aux assauts de l’armada parisienne. Eperdu d’admiration, il s’enflamme pour la cause des démunis. Au milieu de ses envolées, Daniel Wass devient Walls, dans une inspiration baroque et engagée entre Manuel Valls et les Pink Floyd. Soudain, au cœur du blizzard de grêle par – 35° ressentis, Cédric Cambon surgit des tranchées pour poignarder la Bête, qui gronde de colère et d’impuissance alors que l’arbitre, en sifflant la mi-temps, coupe l’élan de sa fureur vengeresse. Emotion, joie, stupéfaction. Pendant un quart d’heure, on vivra le rêve éveillé. Trépignant d'excitation, un ménestrel accrédité se précipite dans les zones à accès restreint pour avertir Sirigu que Montpellier, le plan secret des Gentils pour empêcher l’inéluctable, mène au score. Même l’égalisation de Nenê le Fourbe, ce Brésilien qui marque un peu trop de penalties pour être honnête, ne peut entamer la foi des fidèles. Cette fois-ci l’Histoire est en marche. Le leader recule, il vacille!
Las. Les valeureux combattants des bords du Léman se fatiguent, et laissent passer leur chance de porter l’estocade. La Bête se rebiffe, et prépare la mise à mort, cruelle comme il se doit. Le Destin a désigné ce pauvre Rippert. Ménez s’effondre. L’arbitre, mis sous pression sans doute par les miyons qataris, signe sans sourciller l’arrêt de mort des challengers. Si proches du but, et pourtant si loin. Paris va encore gagner, et pour notre reporter-dramaturge, c’est la tragédie qu’il lui faut désormais mettre en musique : le désespoir des Savoyards, le cynisme des joueurs parisiens satisfaits d’avoir pris l’avantage, la fatalité au son déchirant des violons devant l’exploit qui paraissait proche.
Une fois le match terminé, chacun rentré chez soi - les Parisiens dans l’Etoile noire, leurs adversaires dans leurs humbles chaumières - vient l’heure du compte-rendu et de ceux qui, ayant assisté impuissants au drame, doivent désormais témoigner de la nouvelle victoire des miyons sur l’esprit sportif. Tout le monde est d’accord, ce n’était pas mérité. Ce PSG ne convainc pas. Tous ces miyons, ça devrait rendre le jeu beaucoup plus fluide. Gameiro devrait marquer beaucoup plus de buts, et Paris s’en est vraiment très bien sorti.
C’est l’heure de la vengeance du romancier-journaliste, qui d’un trait de plume rageur, minimise, relativise et abaisse, afin d’éduquer le lecteur et qu’il n’oublie jamais, ce gogo prêt à tout avaler, que peu importe si le PSG est à nouveau invaincu depuis deux mois en match officiel, en ayant changé d’entraîneur, continué à remodeler l’effectif et en devant gérer chaque semaine une nouvelle polémique. Ses réussites ne comptent pas – c’est les miyons – seul l’échec possède une signification. C’est facile pour Paris, voyez-vous. S’ils nous ramènent une Ligue des Champions, on verra. Et encore.
We still don’t care
Après toutes ces années de sollicitude inquiète, on en était venus à se poser des questions sur nous-mêmes. Toute cette condescendance était devenue insupportable. Ca va, au PSG? vous êtes sûrs? vous n’allez pas descendre, n’est-ce pas? pas de blague! ah, bravo pour votre dernier match et cette victoire sur Boulogne-sur-Mer, vous êtes en progrès. N'allez pas attraper froid, avec ce temps...
Ca fait du bien de voir la L1 à nouveau unie contre nous. C’est rassurant. Le PSG est redevenu le club qu’on adore détester, qui bat des promus dans la douleur mais qui les bat, et la seule mine déconfite de la presse spécialisée devant le résultat vaut bien toutes les difficultés rencontrées pour l'obtenir. Vivement le week-end prochain.
Sako95
dit :Excellent ton article.
Mardi 07 Février 2012